Allocution du Garde des Sceaux

Cérémonie d’ouverture de la première Université du notariat d’Afrique Francophone

 

 

 

 

 

C’est pour moi, une joie et un honneur de prendre part à la prestigieuse tradition qui vous réunit ce matin. Je voudrais souhaiter la bienvenue aux nombreux participants à cette première Université du notariat d’Afrique Francophone. Je me réjouis de l’honneur fait à notre pays pour en abriter les travaux. Ce choix est une marque de confiance à notre pays, terre légendaire d’hospitalité.

 

Je dois en premier lieu vous faire part des très vifs regrets du Président de la République de ne pouvoir être présent à cette cérémonie. Il m’a chargé de vous dire le plaisir qu’il aurait eu à venir dialoguer avec vous et l’intérêt qu’il porte à vos travaux.

 

C’est donc en son nom que  je voudrais vous remercier et vous demander de vous sentir ici chez vous.

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Le Législateur,  pour établir sur des bases inébranlables le droit de propriété, la liberté civile et le repos des familles, a institué des tribunaux chargés de se prononcer sur les différends que l’intérêt fait naître, et a nommé des juges dont la fonction est d’assoupir, à leur naissance, toutes les contestations.

 

A ces fonctions, s’ajoutent dans nos sociétés, celle du Curé, de l’Imam ou du prêtre vodou dont l’intervention au nom de la divinité invite les hommes au sacrifice mutuel pour le maintien de la concorde.

 

La complexité des problèmes sociaux, le désir des populations à une quiétude sociale dans les transactions contractuelles et le besoin de plus de garantie dans les échanges, ont amené le Législateur à envisager une quatrième institution : le Notariat ainsi défini par le conseiller d’Etat Français, REAL :

 

« A côté des fonctionnaires qui concilient et jugent les différends, la tranquillité appelle d’autres fonctionnaires qui, conseils désintéressés des parties aussi bien que rédacteurs impartiaux de leur volonté, leur faisant connaître toute l’étendue des obligations qu’elles contractent, rédigeant ces engagements avec clarté, leur donnant le caractère d’un acte authentique et la force d’un jugement en dernier ressort, perpétuant leur souvenir et conservant leur dépôt avec fidélité, empêchent les différends de naître entre les hommes de bonne foi, et enlèvent aux hommes cupides, avec l’espoir du succès, l’envie d’élever une injuste contestation. Ces conseils désintéressés, ces rédacteurs impartiaux, cette espèce de juges volontaires qui obligent irrévocablement les parties contractantes, sont les Notaires: cette institution est le Notariat… »   

 

 

Mesdames et messieurs,

 

Aujourd’hui comme hier, les Notaires se mobilisent pour répondre à cette attente. Ce rassemblement montre que votre profession entend vivre et prospérer, tournée vers l’avenir.

 

Je sais que vous devez travailler à assainir votre profession, à occuper tout le territoire national afin de rendre accessible la profession du notaire à toutes les couches sociales de nos populations.

 

En parcourant le programme de votre université, j’ai pu apprécier la pertinence des thèmes que vous avez retenus pour meubler vos travaux.

 

Depuis quelques années, nos systèmes juridiques s’interpénètrent et sont profondément liés à la progression du droit communautaire africain.

 

L’importance prise par les Actes Uniformes de l’OHADA dans l’ordonnancement juridique de chaque Etat partie est la preuve éloquente de l’emprise croissante du droit international africain sur nos rapports sociaux.

 

Ne dit-on pas que la justice est le lieu d’expression plus fort, plus large de droit et de sécurité?

 

Il n’est pas superflu de souligner que dans notre pays, nombreux sont ceux qui ignorent le rôle du Notaire ou qui confondent Notaire, Juge, Avocat, Huissier et même Commissaire Priseur. Parfois la confusion est maintenue par les acteurs eux-mêmes qui empiètent les uns sur les domaines des autres ou s’arrogent diverses casquettes se faisant passer pour ce qu’ils ne sont pas.

 

De nombreux diagnostics établis à la demande du Gouvernement, révèlent que tout notre système judiciaire souffre des mêmes lacunes: incompétence, lenteur, non respect des règles professionnelles et déontologiques…

 

La volonté du Président de la République et du Gouvernement, est d’assainir toutes les professions juridiques, dont la vôtre, par la mise en œuvre de réformes profondes contenues dans le Programme de modernisation juridique et judiciaire adopté par le Gouvernement en Août 2005.

 

Ces reformes visent d’abord à responsabiliser chaque acteur judiciaire et moraliser toutes les professions juridiques et judiciaires.

 

D’une manière générale, l’ambition du Gouvernement exprimée à travers les réformes projetées, est de réconcilier nos concitoyens avec la Justice et le droit.

 

Cela suppose une justice indépendante et égale pour tous, accessible, proche des justiciables et support de l’activité économique et ouverte sur le monde.

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Dans notre système juridique, le législateur a institué des tribunaux pour dire le droit et pacifier les rapports humains.  Les juges rendent la justice ; la foi dans la justice est fondée sur leur crédibilité et leur aptitude à appliquer la règle de droit d’une manière pertinente, indépendante, impartiale, neutre et équitable.

 

S’agissant de la profession notariale le législateur a entendu conférer aux Notaires des pouvoirs d’établir des actes ayant une valeur juridique probante. C’est une institution noble et respectée.

 

Le programme national de modernisation de la justice a prévu la formation de tous les acteurs judiciaires à travers un plan bi annuel (2006-2007) au cours duquel il sera procédé à une remise à niveau, et à la spécialisation aux mécanismes les plus sophistiqués induits par la mondialisation et la complexité des affaires.

 

La mise en œuvre de ce programme de formation se fera via la création d’un centre de formation des professions juridiques et judiciaires.

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Vous comprenez que la culture de l’à peu près ne peut plus être tolérée. Les contraintes de la globalisation et de la mondialisation des relations contractuelles vous imposent rigueur, compétence, créativité et professionnalisme accru.

 

Il ne saurait en être autrement face à la disparition des solidarités traditionnelles, la circulation instantanée des idées, des personnes et des biens qui caractérisent nos sociétés actuelles.

 

Votre profession est appelée à une nécessaire adaptation aux contraintes sociales et économiques qui en sont issues et qui font naître un besoin de sécurité de la part de vos clients. C’est pourquoi, vous devez travailler d’abord pour que notre droit écrit et nos pratiques de tous les jours fassent émerger une culture de respect des droits des usagers du Droit.

 

Les thèmes de vos assises témoignent de la volonté de votre corps de s’inscrire dans le contexte nouveau de plus en plus complexes du droit des affaires et des relations sociales et contractuelles.

 

Je sais que toute la profession notariale se sent aujourd’hui concernée par les mutations de nos systèmes juridiques et judiciaires en cours dans l’espace francophone.

 

La présence à cette prestigieuse rencontre des premiers responsables de la Commission des Affaires Africaines de l’Union Internationale du Notariat, du Conseil Supérieur du Notariat Français, de l’Association du Notariat Francophone ainsi que du Vice-Président pour l’Afrique de l’Union Internationale du Notariat, est le témoignage éloquent de la mobilisation du Notariat dans tout l’espace francophone en recherche de plus en plus de qualité et de professionnalisme afin de répondre aux nombreuses attentes des justiciables.

 

Le Gouvernement Togolais attend des Notaires, une participation active et décisive dans le processus de rédaction et de reformulation des textes qui constituent l’un des actes prioritaires du programme national de modernisation de la Justice. Leur expertise dans le domaine foncier est irremplaçable.

 

D’ores et déjà, le Président de la République a instruit notre département pour que les transactions immobilières soient sécurisées afin de garantir le droit inaliénable à la propriété auquel tous nos concitoyens aspirent.

 

A la faveur des réformes projetées, de nouveaux champs d’action s’offrent aux Notaires.

 

En effet, le domaine de la fiscalité et les assiettes imposables, deviennent de plus en plus un champ d’action du Notaire qui doit en maîtriser les principes afin de donner à sa clientèle des conseils et des informations.

 

Il en est de même de la comptabilité et de l’ingénierie financière qui requiert la maîtrise parfaite des outils juridiques, du fonctionnement des sociétés, des mécanismes des marchés financiers.

 

Le Gouvernement explore tous les moyens susceptibles de rendre effectif le respect de l’une des dispositions essentielles de la loi organisant votre profession, à savoir : « tous les actes constitutifs ou translatifs du droit réel immobilier sont notariés à peine de nullité ».

 

L’avantage de la mise en œuvre de cette prescription est le désengorgement des tribunaux dont le contentieux immobilier représente plus de 70% des affaires qui y sont déférées.

 

L’indispensable mobilisation de tous les acteurs de la justice doit s’accompagner de l’engagement du pays tout entier en faveur du droit. Il me semble que l’information des citoyens sur le rôle de chaque acteur judiciaire est une priorité.

 

A mon avis, votre institution séculaire a pris une part décisive dans l’instauration de l’Etat de droit et de la démocratie. Formons le vœu que la profession de Notaire sera toujours à la pointe de ce combat non seulement pour la paix sociale, les droits de l’Homme, l’Etat de droit, et la démocratie au Togo, mais aussi pour un monde qui est en quête des voies qui conduisent à une démocratie participative et authentique.

 

Je note avec satisfaction que les réflexions auxquelles les participants sont conviés, s'inscrivent en droite ligne des objectifs du plan de réforme des professions juridiques et judiciaires adopté par le Gouvernement togolais et de l’impérieux besoin de nos Etats, d’une manière générale, de renforcer la sécurité des échanges et des transactions commerciales.

 

Nul doute que les recommandations et conclusions qui seront issues de vos travaux, aideront à éclairer les choix et décisions des Gouvernements de nos différents pays profondément attachés au respect des droits de l’Homme et à la construction de l’Etat de droit.

 

En souhaitant plein succès à vos travaux, je déclare ouverte, la première Université de Notariat Africain Francophone tout en vous rassurant de la disponibilité du Gouvernement togolais à accueillir les prochaines sessions.

 

Je vous remercie.